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Evasion – Benjamin Whitmer

écrit par Jean 8 août 2018

Évasion, c’est avant tout pour moi des retrouvailles avec l’écriture de Whitmer. L’auteur des tonitruants Pike et Cry Father nous revient pour une aventure glacée et glaçante dont lui seul a le secret.
Pour tout vous dire, Whitmer c’est pas un tendre. Le genre de mauvais garçon qui vous balance un direct du droit qui sonne un peu mais qui a le mérite de vous sentir bien vivant. Whitmer, c’est une écriture franchement pas accueillante, un tantinet vulgaire dans ses dialogues – non, franchement vulgaire – mais qu’on prend le temps d’apprivoiser et qui sait vous faire une place dans un canapé défoncé pour vous remettre de sa lecture. C’est pas le genre de gars qui va vous raconter une jolie histoire écrite de manière ampoulée, qui va vous abreuver de figures de style, qui va en faire des caisses pour vous plaire. Et pourtant, il ne manque pas (de style). Il se pourrait même que vous vous épreniez farouchement de sa manière de raconter. Cette manière si unique de rentrer directement dans le lard, de vous mettre au cœur de l’action, de vous présenter des gueules pétées, des personnages aussi dégueulasses qu’attachants et singuliers. Des rednecks comme l’Amérique sait si bien les pondre, abandonnés à un rêve américain aussi lointain que traitre.

Chez Gallmeister, ils ont résumé le truc comme ça :

1968. Le soir du Réveillon, douze détenus s’évadent de la prison d’Old Lonesome, autour de laquelle vit toute une petite ville du Colorado encerclée par les montagnes Rocheuses. L’évènement secoue ses habitants, et une véritable machine de guerre se met en branle afin de ramener les prisonniers… morts ou vifs. À leurs trousses, se lancent les gardes de la prison et un traqueur hors pair, les journalistes locaux soucieux d’en tirer une bonne histoire, mais aussi une trafiquante d’herbe décidée à retrouver son cousin avant les flics… De leur côté, les évadés, séparés, suivent des pistes différentes en pleine nuit et sous un blizzard impitoyable. Très vite, une onde de violence incontrôlable se propage sur leur chemin.

Évasion, c’est un roman noir, implacablement noir. Parfois (souvent ?) très immoral, empreint de cette violence liée à l’existence intrinsèque des armes à feu, dans un pays qui n’a jamais su affronter ses vieux démons.
Une fiction d’une apparente fausse simplicité, bien plus complexe et intelligente qu’elle n’y parait. Dotée d’une narration d’une rare efficience, d’une intrigue qui tient sur l’emballage d’un chewing-gum, mais qui saura vous tenir en haleine et vous glacer le sang.

C’était comme s’éveiller d’un rêve. Et là, au bout de la pièce, il y avait Marjorie. Une cigarette entre les doigts, un peu chancelante, appuyée contre un type avec une barbe et une queue-de-cheval noires qui portait un pantalon de laine des bottes de bûcheron. Ils le regardaient tous les deux en souriant. Ce n’étaient pas des sourires amicaux. C’était le genre de sourire qu’on peut avoir quand on passe devant un gars assis sur le trottoir en train de manger sa propre merde dans une boîte à chaussures.

Et puis quelle traduction ! Je n’ose imaginer à quel point la langue de Whitmer puisse être délicate à traduire, dans sa gouaille, sa verve et son style. Un Jacques Mailhos au meilleur de sa forme, qui nous livre ici un travail absolument prodigieux, fidèle sans manquer de panache à ce joyau brut de décoffrage de la littérature noire.

– A paraitre le 06 septembre 2018-

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