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Littérature étrangère

Souvent, on a envie de lire ou d’offrir des livres qui font du bien. Qu’est-ce que ça veut dire ? Je suppose que c’est un livre qu’on referme avec une sensation de sérénité, comme après un beau voyage, déjà un peu nostalgiques de ces personnages auxquels on s’était attachés. Je dirais que le seul « critère » pour qu’un livre rentre dans cette catégorie, c’est qu’il se finisse bien – peu importe ce que l’on a enduré au fil des pages pourvu qu’un avenir radieux se profile. Parfois, on parle de feel good book… mais bon, cette appellation peut avoir une connotation un peu négative (déjà, qui a décidé qu’on donnait des noms anglais à plein de trucs ??), parce qu’on s’imagine une histoire un peu facile et attendue, et une écriture mièvre ou banale.

Ceci était une introduction un peu longue pour dire que y’a plein de livres super bien écrits et vraiment trop chouettes qui mettent du baume au cœur et nous apaisent aussi parfois, qui font de la lecture ce vrai moment de détente dont on rêve. J’adore conseiller les romans d’Auður Ava Ólafsdóttir, par exemple, que vous connaissez peut-être pour Rosa Candida. Eh bien, c’est le même éditeur qui, à cette rentrée, a publié La Somme de nos folies. Est-ce que déjà ce n’est pas le titre parfait pour un bon livre ?

L’auteure est malaisienne, et nous transporte dans son pays que l’on connaît ici très peu, pays marqué entre autres par le multiculturalisme, l’écart entre les riches et les pauvres et la nature capricieuse. Si on reconnaît certains traits propres à l’Asie du Sud-Est, d’autres sont universels et peuvent raisonner en chacun de nous, comme la vie dans une ville où tout le monde se connaît : nos personnages ont pour point commun d’habiter dans la petite ville de Lubok Sayong, près de Kuala Lumpur (ou KL pour ses habitants). Il y a Auyong, vieil homme simple et bienveillant ; Mami Beevi, sa grande amie, folle d’histoires plus ou moins inventées et parfois un peu acariâtre ; Mary Anne, jeune orpheline que Beevi adopte malgré elle, rêveuse et enjouée ; Ismeth, potier séduisant et animé par une envie de révolution ; Miss Boondisik, jeune transexuel qui achève sa transformation et apporte un grain de folie à la maisonnée… Tous ces personnages, et pas mal d’autres que l’on croise au fil des pages, nous content, par le biais des voix de Mary Anne et Auyong, leur quotidien. Au rythme des touristes et des années qui passent, des secrets sont déterrés, des amourettes se créent et se fanent, des mésaventures succèdent aux aventures… Bref, la vie !

Et c’est ça qui, selon moi, en fait un roman génialement réussi : la spirale du quotidien, de la routine aux surprises, donne le rythme et crée l’histoire, anime les personnages et nous les fait aimer. La lecture de La Somme de nos folies vous transportera, sans aucun doute, dans de douces contrées. Au fait, le livre a été récompensé par le prix du premier roman étranger ! Youpi et merci aux éditions Zulma (et à leur traducteur, Frédéric Grellier) !

19 novembre 2018 0 commentaire
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Ça y est, novembre est arrivé. Même si les moustiques ne veulent visiblement pas l’accepter, l’automne est bel et bien là, avec son lot de jours de pluie… et de prix littéraires. Vous n’êtes sans doute pas passés à côté de la grande annonce du Goncourt, mercredi dernier. L’occasion pour moi de faire avec vous un nouveau petit point sur les récompenses attribuées (liste non exhaustive) – et celles à venir. Surtout qu’ici on est super heureux : le Renaudot et le Goncourt ont récompensé deux de nos romans coup de cœur !

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12 novembre 2018 0 commentaire
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Et voilà un coup de cœur totalement inattendu !

Franchement, quand on regarde la quatrième de couverture, on apprend que « des boules de poils intelligentes débarquent sur Terre » : c’est la première phrase, juré, et l’élément déclencheur de l’histoire. Lisant ça, je me suis dit : « attends, quoi ? » Et ce sera sans doute votre réaction quand je vous aurai raconté comment la vie de notre brave Billy Morton a basculé. Sachez que la plus grande partie du livre est présentée comme étant des extraits de son autobiographie (intitulée Mon ami Louie, vous comprendrez pourquoi).

Voilà donc ce cher Billy, américain moyen au passé d’anarchiste, petit pêcheur à Long Island, qui part en mer comme tous les jours. Au moment de rentrer vers le port, il s’aperçoit qu’un poisson est perché sur le pont. Un poisson étrange : pas d’yeux, pas de bouche, juste un « ballon de plage poilu ». Il tente de le remettre à l’eau mais rien n’y fait, le ballon de plage revient sur le bateau d’un bond. Alors il décide de le ramener chez lui : il le nommera Louie. Ses deux fils l’adorent, et ils s’aperçoivent assez vite que cette créature, en plus d’être métamorphe, est intelligente. Malgré l’absence d’yeux, et même de bras dans sa forme de base (une boule, donc), il semble se servir avec brio de l’ordinateur. Et pour cause, ce n’est pas le seul de son espèce à avoir débarqué et visiblement ils s’amusent à piller les banques, pirater la CIA…

Louie est bien tombé : Billy a très peu confiance dans les hautes sphères des États-Unis et a fortiori dans le gouvernement et les services secrets. Pour ce qui est des banques… Enfin bref, il est évident que c’est du côté de Louie qu’il se rangera.

Vous disant cela, je vous en ai peu dit puisque c’est un roman de plus de 500 pages que nous livre Luke Rhinehart (vous le connaissez peut-être pour l’Homme Dé). Bravo à Francis Guévremont également, traducteur de son état, qui a réussi à retranscrire parfaitement le ton si particulier d’Invasion. Entre science fiction, satire politique, humour, on a vraiment à faire à un livre à part ! J’imaginais presque en lisant un film de SF des années 70, avec des effets spéciaux un peu scabreux (des ballons de plages métamorphes et poilu, sérieux ?). La critique (assez cinglante, il faut le dire) du système américain passe avant tout par le sarcasme, puisque le livre est clairement écrit pour que le lecteur se range assez vite du côté de Billy.

Bref, c’est d’une grande intelligence et surtout parfait pour un moment de lecture divertissant (c’est tellement drôle…) ! D’ailleurs, si vous ne connaissez pas l’éditeur, Aux Forges de Vulcain, je vous invite à aller faire un tour dans leur catalogue… 😉

28 septembre 2018 0 commentaire
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La nature écossaise en octobre. Hostile, glaciale. Peu accueillante en somme. Pourtant, Sal, treize ans, et sa petite sœur, Peppa, dix ans, ont l’air décidées à s’y installer pour une durée indéterminée.

Heureusement que Sal s’est préparée : elle a acheté couteaux, polaires, chaussures, pièges sur internet et a appris par cœur le Guide de survie en milieu hostile. Le reste (comment vider un lapin, le préparer puis tanner sa peau, comment pêcher le brochet…) elle l’a appris sur Youtube, à regarder des milliers de tutoriels de survie.

Comment elles en sont arrivées là ? Il faudra lire le livre pour le savoir 😉 ! Sal, qui est donc la narratrice, nous le révèle au fur et à mesure de l’histoire. On sait assez vite qu’elle a voulu préserver Peppa des griffes d’un beau-père abusif…

Malgré le contexte familial et social dans lequel nos deux sœurs ont grandi et la tragédie qui s’est nouée juste avant leur départ, ce Manuel de survie à l’usage des jeunes filles est aussi porteur d’une ferveur lié à la jeunesse et l’espoir qui habite nos deux héroïnes. Et surtout l’amour et l’admiration qu’elles ont l’une pour l’autre et qui les rend touchantes. Puis faut dire qu’elles sont sacrément badass, Sal et Peppa, dans le genre débrouillardes. Et elles n’ont peur de rien, si ce n’est d’être séparées.

Ce Manuel, c’est le premier roman de Mick Kitson : saluons ce style à la fois efficace et audacieux, qui transcrit à merveille la voix d’une enfant de treize ans. Tout cela ayant d’ailleurs été très bien traduit par Céline Schwaller ! Un très bon roman, publié aux éditions Métailié, qui ne manquera pas de vous faire frisonner… un très bon équilibre entre plein d’émotions ♥

24 septembre 2018 0 commentaire
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Bjarni écrit une lettre à Helga. C’est un vieil homme, à présent, et Unnur vient de mourir. Unnur a été l’épouse, Helga a été l’amante, l’amour.

Après Les garçons de l’été, voilà une nouvelle suggestion pour vos lectures estivales, à déguster au frais le soir avant de dormir, à dévorer au chaud l’après-midi, étendu sur une serviette de plage. L’auteur est islandais, et il nous plonge dans les villages de son île, les petits patelins où tout le monde se connaît, où les ragots vont bon train. Bjarni est contrôleur des réserves de fourrage et élève des brebis, et sa liaison avec Helga a commencé par des commérages – on entend dire qu’ils ont eu une histoire adultère, un jour qu’ils participaient à une expédition de recherche de bêtes dans le vallon. Rien n’est arrivé ce jour-là, mais les commérages sont devenus fantasmes et les fantasmes sont devenus passion.

Dans sa lettre, l’homme revient donc sur cet amour, qui s’est terminé bien des années auparavant mais qui l’a marqué à jamais. Il raconte le début, la ferveur, et la fin, comme de façon testamentaire, comme pour fixer sur le papier ce qui n’est plus qu’un souvenir.

Bjarni incarne l’homme islandais, rude et rustre mais profondément poète. Ses vers rythment son texte et sa vie quotidienne faite de simplicité.

On vit l’intensité de l’amour, on se dit que la vie est dure mais belle, on respire l’air frais de l’Islande. La lettre à Helga est un texte court, qui se lit vite mais qui nous emmène loin !

23 juin 2018 0 commentaire
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La Beat Generation, c’est Jack Kerouac, Neal Cassady, Allen Ginsberg, William Burroughs…

Mais en fait, pas que. L’histoire et la culture mondiale ont « choisi » de ne pas – ou peu – s’en rappeler, mais il y a eu des femmes dans les rangs beat. Féministes, amantes, mères, engagées, déchirées, peu importe : elles étaient toutes, surtout et toujours, artistes. Poètes.

Denise Levertov, Lenore Kandel, Elise Cowen, Diane di Prima, Hettie Jones, Joanne Kyger, ruth weiss, Janine Pommy Vega, Mary Norbert Körte et Anne Waldman, ce sont différents styles, différentes voix, différentes façons de parler de la vie. Elles racontent leur rapport à la littérature, au mouvement beat et à ses figures, au monde. Elles racontent ce que c’est d’être une femme dans cette génération, mais aussi, évidemment – et c’est le propre de la littérature – faisant cela, elles posent ces problématiques d’un point de vue résolument universel et intemporel.
Même davantage : elles semblent s’inscrire dans notre époque où les questionnements autour du féminisme sont au cœur de nombreux débats. Si cela fait maintenant plusieurs décennies qu’ont lieu un peu partout dans le monde des combats et des recherches sur l’image, le statut de la femme et le genre, rappelons (si c’est seulement nécessaire) que cela fut un grand sujet au cours de l’année écoulée et que cela continue de l’être – la rentrée littéraire 2018, vous verrez, n’y dérogera pas. Et l’Irlande ne vient-elle pas à l’instant de dépénaliser l’avortement ?

Bruno Doucey, l’éditeur, écrit d’ailleurs dans la préface (qu’il intitule « Assez folles pour changer le monde ») :

Il faut dix secondes pour comprendre que l’histoire des femmes poètes de la Beat Generation n’est pas derrière nous, mais devant. Puisqu’elle n’a pas encore été écrite, ou si peu. Puisque nous découvrons à peine ces femmes. Puisqu’elles ouvrent une route qu’aucune carte ne répertorie. (…) Il fallait deux fois plus de courage, d’énergie, de rage pour écrire lorsqu’on était une femme aux États-Unis dans ces années-là.

Le choix des textes permet de balayer les voix de ces femmes, en soulignant leurs différences et leurs points communs, en retrouvant le spectre des thèmes chers à cette époque. On retrouve dans leur plume ce qui fait la force et la particularité du mouvement beat.

Beat Attitude c’est une anthologie forte, efficace et bien menée. La traduction – réalisée par Annalisa Mari Pegrum et Sébastien Gavignet – retranscrit leur écriture à la fois ronde et percutante, et, comme toujours dans la poésie étrangère publiée par les éditions Bruno Doucey, le texte original est en regard de sa traduction. Si vous lisez l’anglais, n’hésitez pas à en profiter, cette langue, ces sonorités !

Alors oui, les aficionados du mouvement beat, de littérature américaine y trouveront leur compte. Mais vous aussi. Parce que pétard, lire de la poésie comme celle-là, c’est parfois justement pile ce dont on a besoin.

9 juin 2018 0 commentaire
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1902. Les chutes du Niagara.

Rachel Green a vingt-trois ans et désespère qu’on la prenne au sérieux dans le journal dans lequel elle est embauchée. Envoyée là pour un reportage sur lequel elle joue sa carrière, elle a l’idée du siècle : être la première à se jeter dans les chutes et en sortir vivante. Sur les conseils de sa logeuse, elle va demander l’aide de deux compères : Smith & Wesson. De leurs prénoms Tom & Jerry. Oui oui.

L’un est un soit-disant météorologue mais aussi recherché dans quatre états, passionné d’inventions et de statistiques, l’autre est le Pêcheur, celui qui récupère les cadavres des suicidés en bas de la rivière (et dieu sait s’ils sont nombreux à Niagara…).

Bien sûr – et comme vous surement – ils la prennent pour une malade. Survivre aux chutes ? Il y a une raison pour laquelle ça ne s’est jamais vu. Mais ils vont tenter le coup. Parce qu’elle est déterminée (et un peu folle) et qu’eux sont un peu fous aussi et surtout n’ont pas grand chose de mieux à faire. Et puis elle flatte leur ego : vous l’inventeur de génie, et vous qui connaissez la rivière comme votre poche…

Bref. Une véritable histoire d’aventure, livrée à un rythme incroyable par Baricco. Le genre qu’on dévore : c’est en fait une pièce de théâtre, donc tout se joue sur l’oralité. Et c’est vraiment très bien écrit : on connaît la virtuosité de Baricco, j’avais vraiment adoré (entre autres) son Novecento : pianiste, qui pouvait aussi être porté sur scène. On retrouve donc cette maîtrise parfaite des mots et du rythme dans cette excellente traduction de Lise Caillat, et ça nous donne ce livre qu’on a vraiment du mal à lâcher une fois commencé, le genre où vous vous retrouvez en 1902 en un souffle alors qu’il vous faudra un peu plus de temps pour en sortir…

Au fait, si vous êtes dans le milieu du théâtre : à la Soupe on aurait très envie de la voir sur scène… 😉

20 mai 2018 0 commentaire
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« C’est mon désir le plus ardent », voilà les mots qui vont unir Maddy et Dalt, vingtenaires pas très conventionnels.

Maddy n’aurait jamais pensé se marier à un homme de son âge (pour lui elle a quitté Troy, son ex plus vieux, qui a une maison et des chevaux, que ses amies lui enviaient). En fait, rien de ce qu’elle s’apprête à vivre du haut de ses vingt ans ne lui aurait semblé envisageable avant de rencontrer Dalt. Ils tombent amoureux fous. C’est une évidence. Ils sont passeurs tous les deux, c’est-à-dire guides de rafting dans les rivières.

Les rivières, parlons-en. On connaît l’attachement spécial qu’ont les auteurs publiés aux éditions Gallmeister pour la nature. Maddy et Dalt, eux, c’est la rivière. Leur désir le plus ardent, c’est monter dans un raft, à deux, et descendre le courant, main dans la main. Et c’est ce qu’ils feront. Ils vont fonder leur propre entreprise, en Oregon, puis pourquoi pas fonder une famille… C’est alors que commenceront les vertiges de Maddy, de ceux qui donnent des hallucinations la nuit ou qui empêchent d’aller travailler, qui rendent la vie impossible quand on a la vingtaine et des tonnes de rêves.

Pete Fromm se glisse à la perfection dans la peau de la jeune Mad, épouse ses formes, ses envies et ses faiblesses, raconte avec une infinie justesse son amour pour Dalt et sa détresse face à son corps qui l’abandonne au moment où elle se rêve mère. Il nous écrit cette histoire de la façon la plus simple et donc la plus vraie possible, tout ce qu’on aime !

Une magnifique histoire d’amour, de vie, bref de quoi verser votre petite larme et vous donner envie de partir profiter de la nature… pourquoi pas avec un bon roman 😉

13 mai 2018 0 commentaire
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