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Ça raconte Sarah * Pauline Delabroy-Allard #rentréelittéraire2018

écrit par Laura 6 octobre 2018

Avec Ça raconte Sarah, j’ai l’impression d’arriver presque en retard. D’un coup, on s’est mis à en parler, beaucoup. Peut-être que vous en avez entendu parler, vous aussi, par un ami, sur un réseau, dans un journal. Parmi la multitude de livres reçus, il s’était un peu noyé, timidement. Et puis finalement je l’ai ouvert.

Avec ses chapitres courts, qui ne commencent même pas en début de page, ça paraît rien, pas grand chose, mais déjà il bouscule un peu les codes. Il faut aussi dire que quand c’est édité aux éditions de Minuit, on est loin d’être à l’abri d’une surprise de ce genre. Minuit c’est de la littérature inventive : on nous raconte des histoires et on le fait bien.

Le roman de Pauline Delabroy-Allard raconte Sarah. Les deux premières pages ne nous font aucun cadeau. Un corps de femme, aimé, beau, mais malade, presque mort, sans cheveux, amaigri.

Puis d’un coup on tourne la page et nous voilà avec la narratrice, qui rencontre Sarah. Par hasard, à une soirée de Nouvel An à laquelle elle est conviée, avec son compagnon. Assise à côté de Sarah, elle va apprendre à la connaître. Sarah est belle, met des robes qui ne lui vont pas, Sarah est vivante. Sarah lui propose qu’elles se revoient, et c’est ce qu’elles feront, encore, et encore, et encore, jusqu’à ne plus se lâcher. Mais le lecteur sait quelle épée de Damoclès les menace, le lecteur sait parce qu’il a lu.

Mon Dieu mais quelle histoire d’amour sublime. Ce livre c’est ça avant tout c’est une histoire d’amour, écrite à la première personne, qui décrit les mains qui tremblent, le cœur qui bat, le ventre qui se noue. Le besoin des corps, l’évidence qu’il y a à aimer, la force qu’on y met et la douleur qui l’accompagne. Dans l’absence par exemple, mais aussi la passion qui crie, qui déchire, qui isole, qui épuise. Et la douleur de la perte.

Un court extrait, premier petit « chapitre », pour vous mettre l’eau à la bouche :

 Ça raconte Sarah, sa beauté inédite, son nez abrupt d’oiseau rare, ses yeux d’une couleur inouï, rocailleuse, verte, mais non, pas verte, ses yeux absinthe, malachite, vert-gris rabattu, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte le printemps où elle est entrée dans ma vie comme on entre en scène, pleine d’allant, conquérante. Victorieuse.

Le roman est pleine de formules lancinantes, de répétitions, de leitmotiv qui montrent autant la répétition que l’évolution, le changement. Sarah c’est tous les amoureux et toutes les amoureuses et plus encore, c’est une expérimentation. Pauline Delabroy-Allard a mis ses personnages dans une éprouvette et y a versé bien trop d’amour pour deux humaines, pour voir ce que ça faisait. Plongez-y, c’est étourdissant.

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