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Un mois à l’ouest – Claudine Desmarteau

écrit par Jean 11 mai 2018

Fred, la vingtaine tout juste fraichement sonnée, décide de claquer les quelques économies qu’il a réussi chichement à mettre de côté pour partir un mois au Québec et retrouver son grand amour. Le hic, c’est que la demoiselle a visiblement perdu beaucoup de l’attachement qu’elle avait pour lui, au point de plonger dans les bras d’un autre, et de réduire notre « maudit frainçais » au statut de gars esseulé en terre étrangère, pas spécialement bien accueilli par ses congénères outre-atlantiques, et surtout pas un sou en poche (les joies du billet non échangeable / non remboursable).

On le plaint assurément, on assiste à des scènes hilarantes avec un Fred un peu râleur et qui a connu des jours meilleurs pour flatter son égo, mais on est également saisis par sa grande capacité à aller de l’avant. Déterminé à ne passer un mois pourri au pays des caribous, il se prend en main, et décide d’aller voir du pays. De stops en stops, de bus en bus et surtout de galères en galères, le tout ponctué par les photos qu’il a prises pendant son road-trip, on se prend d’une immense sympathie pour ce jeune homme un peu plaqué, franchement dégouté (bein c’est vrai quoi, elle aurait pas pu le plaquer avant qu’il ne prenne son billet ?!?), obligé de bosser pour son beau-père pour gagner 4 ronds, mais résolument débrouillard et positif. On est pétris d’empathie pour lui, et on se surprend à se dire entre deux scènes irrésistibles : « Purée mais c’est exactement ce qu’il m’est arrivé ! ». Parce que quand on regarde dans le rétroviseur de nos vies, quand on commence à sentir que le quotidien et le train-train vous bercent tranquillement en direction de la maison de retraite et ses gentils pensionnaires (au mieux) ou de planches en sapin sous le joli chêne du cimetière de notre enfance (ou du funérarium hein, c’est vous qui voyez ^^) , alors on se dit que ces années-là, elles étaient pas si loin, qu’on a tous fait des choses insensées par amour, et que c’est peut-être là aussi une des clefs d’accès au bonheur. Celui de saisir chaque jour qui passe, de savoir se laisser aller, de se rappeler que derrière les conneries de notre jeunesse se cache le ciment de nos envies d’aujourd’hui.

Allez, je ne résiste pas à partager avec vous ce savoureux passage, quand Fred prend un bus pour Ottawa et se retrouve à faire la conversation alors qu’il n’en avait franchement envie.

Vous l’aurez compris, Claudine est de retour, et quel bonheur c’est pour nous de la retrouver (bon, on ne l’avait pas quitté longtemps et on se rappelle bien évidemment encore de l’ébouriffant, l’incroyable et si beau « Jan« , et plus récemment du sensible et percutant « T’arracher« ). En toute honnêteté, elle fait partie de ces très rares autrices capables de parler aussi crument, avec autant d’intensité, et surtout de sincérité. Quand on la lit, on sent une immense justesse, une vraie capacité à faire preuve d’empathie  et à cerner aussi bien ces garçons, ces filles, ces jeunes hommes et ces jeunes femmes pourtant si insaisissables. Véritable magicienne, Claudine va vous télé-transporter irrémédiablement dans ces magnifiques années d’insouciance et de légèreté. Ces années indispensables et lumineuses, qui je l’espère ne vous feront pas replonger dans la nostalgie, mais dans l’envie de vivre, intensément (mais attention quand même, allez pas vous coller une attaque ou une gueule de bois ancestrale pour vous rappeler les teufs de votre enfance, on a plus 20 ans hein !).

Alors oui, c’est pas un roman à mettre entre les mains de nos ados avant au moins 15 ans, mais c’est diablement beau et intelligent, et je vous invite chaudement à me faire confiance, et à confier ce magnifique roman à vos adolescent(e)s, aussi rebelle soit-ils (elles). Ils vous en seront j’en suis certain plus que reconnaissants, et vous chanterez peut-être un jour vous aussi tous ensemble dans la voiture un air comme celui-là :

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