Je dois l’avouer, je n’ai jamais cru aux vertus de ce que le monde de l’édition appelle la « littérature jeunesse ». Sans doute est-ce une tare, mais ce « secteur » m’est toujours apparu comme une invention marketing destinée à écouler une production souvent mièvre et à soutenir des maisons en mal de chiffre d’affaires. Je n’en accable ni les éditeurs ni les lecteurs, mais ma propre incapacité de me plonger avec délice dans des versions expurgées de chefs-d’oeuvre dits « classiques » ou des resucées plus ou moins niaises de textes que l’on gagnerait à faire lire dans leur version originale. Qui décide qu’un roman doit être lu « à partir de 8 ans », « 10 ans », « 12 ans » ? Absurde coutume, qui contribue à lisser la curiosité – et à l’éteindre ! Pour le dire autrement, il faut donner aux jeunes des lectures qui ne sont pas de leur âge. Jack London, Robert Louis Stevenson, Jules Verne, Alexandre Dumas, Homère ou Tolkien, mais aussi Balzac, Stendhal, Maupassant, Simenon ou Graham Greene ne sont pas de si mauvais maîtres… Ajoutons Frédéric Dard, Rabelais et quelques autres factieux [...]
(François Busnel, l’Express – 24/11/2010)
A ça nous répondons haut et fort :
« Cet article est vraiment édifiant. On y retrouve là la trace des « grands journalistes », persuadés de devoir partager avec le plus grand nombre leurs élucubrations sur un sujet qu’ils ne connaissent pas DU TOUT, mais qu’ils se permettent de caricaturer et de juger BÊTEMENT. Avant de pondre des inepties pareilles, LISEZ ! Arrêtez de nous sortir tout le temps ces vieilles rengaines, insupportables, comme quoi lire des classiques sera salvateur pour cette pauvre jeunesse. De mon côté, si je me permets de vous dire tout ça, c’est parce que les jeunes, je les vois au quotidien. J’en vois des centaines, tous différents. Et je peux vous le dire : globalement, ils sont loin d’être dingues de ces « classiques ». Parce que si vous vous posez la question de ce que l’on conseille à tel ou tel âge, je vous demande qui décide de ce qui est un classique de ce qui ne l’est pas… Je suis libraire jeunesse, et je ne suis pas un « prescripteur ». Je conseille, je passe des livres. En fonction d’un age, c’est vrai (parce que je ne connais pas suffisamment mon client lambda de 10 ans pour lui conseiller un bon vieux Sade parce qu’il se serait trouvé une passion soudaine pour la littérature érotique), mais aussi en fonction d’un caractère, de goûts établis pour telle ou telle chose. Alors de grâce, avant d’avancer des jugements aussi faussés sur le sujet : LISEZ ce qu’ils lisent, peut-être alors que votre jugement en sera plus nuancé. »
(Mel & Jean, libraires JEUNESSE !)











