
Une nouvelle fois, Guillaume nous emmène sans détour au pays de la violence. Mais il a cette faculté à en parler avec une intelligence rare, en la véhiculant avec un message fort. On découvre ici la vie de Marco, jeune lycéen dont la vie bascule tout à coup, lorsque 2 flics font irruption dans sa vie pour lui annoncer la mort de sa mère. Après avoir rapidement découvert qu’il ne s’agit pas vraiment d’elle, Marco va mettre en lumière un vieux secret familial, qui va ébranler bon nombre de certitudes, dans sa vie d’adolescent déjà assez compliquée. La force de Guillaume, au-delà du fait qu’il est toujours aussi contemporain, qu’il sait parler aux jeunes d’aujourd’hui sans les prendre pour des abrutis à qui on peut tout faire gober, c’est qu’il sait traiter de sujets forts et difficiles sans faire du racolage bête et méchant, et sans jamais être manichéen.
Il a su ici construire un vrai récit d’apprentissage, où l’on se construit à travers des situations assez éprouvantes certes, mais qui reflètent la société dans laquelle on vit aujourd’hui.
Et à ceux qui pourraient répondre : « oui, mais justement la société elle est déjà assez violente, alors pourquoi en montrer encore plus ? » Eh bien, je vous répondrais que justement, il faut savoir y répondre intelligemment, sans ombrages, en posant vraiment la question aux ados sur ce qu’il leur fait vraiment peur, plus que l’image que l’on se fait pour eux. C’est autrement plus constructif que de se mettre des Å“illères et de ne pas en parler…
ça m’a d’ailleurs rappelé le travail d’un cinéaste que j’aime énormément : Michael Haneke, et plus particulièrement 2 films : « Funny Games », et « Benny’s video ». Si jamais vous ne les avez pas déjà vus, et que vous avez l’estomac bien accroché, vous verrez, comme dans les livres de Guillaume, comment on peut parler de violence autrement qu’avec un débat pseudo-philosophique à 23h sur Arte, autrement qu’un reportage choc dégueulasse d’enquête exclusive sur M6, ou encore autrement qu’avec les gros flingues des films de John Woo (même si j’aime beaucoup de cinéma de John Woo !!)
Il y a une seule petite chose que je regrette, c’est de ne pas avoir plus ressenti l’émotion de la ville où cela se déroule : Marseille. Avec ses contradictions, ses habitants fiers mais généreux, bornés mais ouverts, ses quartiers cosmopolites… On le ressent un peu, mais j’aurais bien aimé parcourir un peu plus les rues de cette magnifique cité phocéenne…
Merci, et bravo à Guillaume pour ce nouveau superbe roman !
Anka – Guillaume Guéraud
Editions du Rouergue - Doado Noir – 9.50 euros
Magnifique photographie de couverture : Dorothy Shoes (punaise que je l’aime son travail !)











































