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  • Adulte
  • octobre152014

    Le puits – Iván Repila

    Posté par dans la catégorie: Adulte

    lepuits

    Combien il est difficile de parler d’un livre qui vous prend tellement aux tripes. De mémoire de lecteur, je n’ai jamais été autant saisi par une telle force narrative, par une telle violence nécessaire. La lecture de ce roman est tout sauf confortable, mais vous en sortirez changés, grandis. Une sorte de roman d’apprentissage pour grands enfants, prêts à en découdre avec ce que l’humanité a de plus bouleversant.

    2 enfants dans un puits. Le Grand, et le Petit. On ne sait ni pourquoi, ni comment ils se sont retrouvés au fond de cette cavité profonde de 7 mètres, mais ils sont là, totalement dépourvus et en proie à une mort qui nous semble inévitable. On suit pendant des jours et des jours la lente et terrifiante déflagration de leur corps, de leur esprit et de l’humanité qui les habite. On se permet parfois d’espérer que l’issue ne peut être que porteuse d’espoir ; on découvre un conte éminemment tragique et juste sur l’amour fraternel.

    La préface de Zoé Valdés, d’une terrible justesse, annonce très clairement la couleur, et décrit un roman «qui a mérité sa place au panthéon des Jules Verne, Alain-Fournier et autres Antoine de Saint-Exupéry. Un roman indispensable, alors que beaucoup d’entre nous avions déjà annoncé la défaite de l’imagination contre la quotidienneté médiocre et étriquée.» On ne peut qu’affirmer haut et fort qu’elle a entièrement raison, que ce livre est un chef d’œuvre.

    Un extrait pour partager un peu avec vous cet extraordinaire moment de découverte littéraire :

    La journée se déroule sans accrocs, suivant leur routine de peurs et d’espoirs. Personne ne répond à leurs cris, mais ils commencent à s’y faire. Lorsque vient la nuit, le Petit s’accroche fermement à son frère.
    – Je ne me sens pas bien.
    – Je sais. Je le vois à ta tête. Tu as perdu du poids et tu es faible.
    – Peut-être que je devrais manger plus.
    – Pas encore. Calme-toi, tu vas t’habituer à la faim. Chaque jour, ton estomac rétrécit, voilà pourquoi tu as mal : il est en train de se contracter. Quand il se sera contracté au maximum, tu verras que ce tu manges là te suffira.
    – Mais je n’ai plus de forces. J’ai du mal à tout faire.
    – Je suis le fort. Toi, tu dois juste faire en sorte de résister. S’il arrive quelque chose, s’il fait froid, si tu as peur ou si un animal nous attaque, c’est moi qui te protègerai. Je suis ton grand frère. Essaie de dormir.
    – Je ne veux pas dormir tout de suite. ça me fait peur.
    – Pourquoi ?
    – Parce que je fais des rêves… des rêves bizarres. Je rêve que je mange des choses que je ne devrai pas manger. Je rêve de maman… Mes rêves sont horribles.
    – N’aie pas peur des rêves, ils ne sont pas réels. Ce sont des pensées qui se mélangent dans nos têtes, des souvenirs qu’on ne peut exprimer avec des mots. Si tu rêves que tu manges, ça veut dire que tu as faim, c’est tout. Si tu rêves que tu voles, ça veut dire que tu veux rentrer à la maison… D’accord ?
    Le Petit fait oui du menton. Les mots de son frère le tranquillisent ; il ferme les yeux. Avant de s’endormir, il lui demande dans un filet de voix :
    – Et rêver que je mange maman, ça veut dire quoi ?

    Iván Répila signe là un premier et fantastique roman, qui m’a fait littéralement replonger dans mes meilleurs souvenirs de jeune lecteur, quand je me laissais emporter par « Sa majesté des mouches », ou un peu plus tard avec « Des souris et des hommes ». Lisez-le, partagez-le, et vous serez vous aussi conquis par cette fable cruelle et moite, portée par une immense noirceur lumineuse…

    Traduit de l’espagnol par Margot Nguyen Béraud

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  • octobre102014

    L’Enfance de l’Art * Guillaume Long

    Posté par dans la catégorie: Adulte, Art

    enfanceArt

    J’sais pas si vous êtes déjà allé(e) consulter (entendez par là « chez un psy » ^^) mais parait-il que nos actes, notre moi-profond, notre être adulte découleraient de notre enfance, parfois même d’un souvenir d’enfant (rien que ça ^^). Personnellement j’y avais découvert chez la dame que mes études d’Art étaient dues à la boite de crayons de couleurs que mon papa m’a offerte enfant (véridique ! On ne rigole pas; je vous vois coquins !)

    Bref ! Guillaume Long est parti du principe que les grands génies de l’Art ont puisé leur inspiration également d’un souvenir de leur enfance…

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  • septembre252014

    Love in vain * Mezzo et J.M. Dupont

    Posté par dans la catégorie: Adulte, BD

     

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    On dit de Robert Johnson que c’est le diable qui lui a appris à jouer de la guitare en échange de son âme. Cette histoire, qu’il colportait lui-même, la rareté de ses enregistrements et son talent indiscutable ont fait de lui la légende du blues qu’on connait. Sa vie fut courte et il ne laisse à la postérité que 29 morceaux enregistrés et trois photos, mais le mythe a irrigué l’histoire du rock, à travers des dizaines d’artistes comme Howlin’ Woolf, Jimi Hendrix, Jimmy Page, Eric Clapton et bien sûr Keith Richards, pour les plus connus. Aujourd’hui encore, les frères Cohen citent sa légende et les White Stripes reprennent une de ses chansons.

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  • septembre242014

    Le Détroit du Loup * Olivier Truc

    Posté par dans la catégorie: Adulte

    Dans le Grand Nord, au printemps, le soleil ne se couche presque plus et la lumière devient obsédante. A Hammerfest, les accidents et les morts étranges se multiplient. Klemet et Nina, de la police des rennes, sont chargés d’enquêter sur la noyade d’un jeune éleveur. De fil en aiguille, ils vont découvrir que cet « accident », ainsi que ceux qui suivent sont l’expression des  profonds conflits qui traversent la région.

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    Dans Le Dernier Lapon, Olivier Truc – spécialiste de cette région du monde – nous faisait découvrir cette immensité glacée et la culture des Samis, le dernier peuple aborigène d’Europe. Dans Le Détroit du Loup, il explore les conflits actuels entre éleveurs de rennes et industriels du gaz et du pétrole. Avec le développement de l’activité de ces derniers ainsi que des villes où logent les ouvriers, les pâturages des Samis se réduisent et leurs traditions, déjà bien mises à mal au cours de l’histoire, sont de plus en plus menacées.

    Tout cela sous-tend le récit d’Olivier Truc et c’est très habilement qu’il mêle le contexte réel à celui de la fiction. Cela passe notamment à travers une galerie de personnages nombreux et subtils, souvent désemparés face aux changements rapides de la région. Nous avons donc ici un polar passionnant, qui en plus de nous divertir, nous apprend énormément de choses sur le monde dans lequel nous vivons.

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  • septembre172014

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    Gros coup de cœur pour ce superbe album, dont l’histoire est originellement tirée de « La lettre de Flora », roman de Fred Paronuzzi paru chez Robert Laffont en 2006. Fred Paronuzzi a voulu donner une seconde vie a cette magnifique histoire et s’est associé au talentueux Vincent Djinda, pour nous livrer une BD poignante, sensible et particulièrement juste.

    L’histoire de Mattéo, père de famille qui sombre inéluctablement dans la spirale de l’alcoolisme, et qui en subit toutes les stigmates : isolement, mensonge, agressivité, destruction programmée. Le récit démarre fort, avec le départ précipité de sa femme et sa petite fille, et la lecture d’un courrier reçu d’italie, l’informant de la disparition prochaine de sa tante Zia.

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    En proie à des démons intérieurs dus à une enfance particulièrement, Mattéo va éprouver toutes les difficultés du monde à redresser le front et recommencer à se battre. Il va tracer seul la route, en direction de l’Italie, pour dire au-revoir à cette tante qu’il a tant aimé, et trouver un véritable but à son existence.

    Toute la sensibilité du récit de Fred Paronuzzi est portée par le trait fort et délicat de ce jeune illustrateur, qui n’a visiblement pas attendu des années pour nous témoigner son superbe talent.

    Un grand bravo à tous les 2 :)

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  • septembre42014

    Retour à Little Wing * Nickolas Butler

    Posté par dans la catégorie: Adulte

    Il y a des romans dans lesquels on se sent si bien, qu’on voudrait ne jamais les terminer. Retour à Little Wing en fait partie. Écriture délicate, personnages avec lesquels on s’identifie, histoire singulière : ce livre a tout pour plaire!

    retour-little-wing

    Les quatre héros sont des trentenaires, nés et élevés à Little Wing, petite ville rurale du Midwest américain. La vie les aura séparés et fait connaitre des destins totalement différents, mais Oh combien américains. Ex-star de rodéo, rock star, business-man plein de succès et fermier, les voilà qui se retrouvent dans leur ville natale. Nous allons les suivre pendant un an et découvrir les 400 coups de leurs jeunesse, leurs secrets, les hauts et les bas de leurs vies, les brouilles et les réconciliations qui font l’amitié. En effet, les voix alternent et c’est petit à petit que l’on explore les sentiments de chacun vis-à-vis des autres et de lui même.

    midwest

    Je dois dire que si ce roman me plait, c’est aussi parce qu’il est fermement ancré dans notre époque et traduit bien le désarroi de ceux qui cherchent leur place dans le monde. Ajoutons enfin que ce roman est un condensé de l’Amérique qu’on aime : celle des grands espaces, où l’on se serre les coudes en cas de coup dur et où « aller de l’avant » est le maître mot…

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  • août292014

    Orphelins de Dieu * Marc Biancarelli

    Posté par dans la catégorie: Adulte, Romans

    Parmi les 607 romans qui vont paraitre entre ce mois d’aout et octobre, il y a les grosses pointures, des romans biographiques – LA tendance de cette rentrée – et puis d’autres, pépites perdues dans la masse… C’est pour les trouver que depuis deux mois, nous lisons, lisons, lisons toutes sortes de choses et il arrive qu’on en débusque.

    Mon premier coup de cœur de la rentrée (mais loin d’être le dernier, je vous rassure) est un véritable Western corse. Au 19ème siècle, dans cette île ravagée par la guerre, l’exploitation et la misère une jeune paysanne vient trouver « L’Infernu », afin qu’il l’aide à venger son frère. Véritable légende, mais usé par la vie, « L’Infernu » est un ancien rebelle, devenu brigand puis reconverti en tueur à gages. Il finit par se laisser convaincre et c’est ensemble qu’ils partent pour ce qui sera sans doute sa dernière mission. C’est probablement cela qui le mène à se livrer, à raconter à la jeune fille son passé fait de coups de feu, de rapines et de violences.

    orphelins-de-dieu

    La langue est envoutante et rocailleuse – comme le pays qu’elle décrit – et nous entraîne dans cette épopée héroïque. Au fil des pages, on développe de la sympathie pour ce tueur fatigué et cynique qui fascine autant que son histoire horrifie.

    Ajoutons d’ailleurs que l’histoire ne manquera pas de vous rappeler un certain film des frères Cohen, lui même un remake d’un classique du cinéma américain…

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  • août282014

    Il y a des auteurs que vous attendez comme un enfant attend Noël ! Quelle chance d’être libraire, j’aime avoir gardé ce regard pétillant à la découverte d’un nouveau livre tant attendu… Pour être franche, cette auteure j’ai une histoire avec elle (sans même qu’elle le sache). Avec l’un de ses livres plus précisément. « Bon rétablissement »: voilà LE livre qui m’a fait connaitre Marie-Sabine Roger il y a deux ans. Pour la petite histoire, après l’avoir terminé dans une salle d’attente, je l’ai offert à mon médecin. Ce même médecin qui m’annonça quinze jours plus tard le cancer. J’ai beaucoup pensé à son texte amusant, à ce titre plein d’espoir. Bref… pour les détails je les réserve à l’auteure que j’espère rencontrer un jour.

    Si vous n’avez jamais lu ses livres, vous allez aimer son écriture fluide – si naturelle, comment fait elle ?, ses métaphores hurluburlesques, ses personnages attachants, ses textes trèèès humains.
    Pour en revenir à son dernier roman adulte paru aux éditions du Rouergue (les couvertures sont vraiment belles !) : « Trente-six chandelles » fraichement arrivé en librairie pour cette nouvelle rentrée littéraire, je vais être moins éloquente (je pense l’avoir suffisamment été) bien que ce ne soit pas l’envie qui me manque ^^…

     36chandelles

    Il avait pourtant tout prévu : quitté son boulot, résilié son bail, payé ses impôts, vendu sa voiture… Tout était réglé ! Depuis sa naissance il le savait.  Qu’il s’agisse d’une scoumoune, d’une malédiction, de la poisse ou alors du destin de la famille Decime, depuis son arrière-grand-père, tous les hommes meurent le jour de leur 36 ans. Alors pourquoi pas notre héros ?!…

    Grâce à Bubulle, mon poisson rouge, j’avais été très jeune confronté à la mort. Je devais avoir dans les quatre ou cinq ans lorsqu’un matin, je l’avais retrouvé en train de faire la planche au milieu de son bocal. J’avais eu beau lui faire la respiration artificielle avec une paille, ça n’avait rien donné du tout.
    Bubulle était cassé.
    Je l’avais apporté à mon père, persuadé qu’il pouvait le refaire marcher, car il était très bricoleur. Mon père l’avait considéré d’un oeil trouble, avant de conclure :
    -Il est mort, ton poisson.
    J’avais demandé :
    -ça va durer longtemps ?
    Il avait répondu :
    -ça va durer toujours.
    Puis il l’avait jeté dans les toilettes – soi-disant qu’il allait retourner à la mer. J’avais regardé Bubulle partir dans le tourbillon de la chasse. Mourir, c’était donc ça : un truc définitif et plutôt emmerdant.

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    Un roman qui parle de la vie avec humour, de la mort avec fantaisie; ou est-ce l’inverse ? ^^
    Un agréable moment de lecture (et une tite leçon de vie aussi) !

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