
A la lecture de ce roman, j’ai eu une impression étrange, la sensation d’une réalité morcelée de l’univers de Malvina, dans une narration pleine d’ellipses où les vides laissés par la jeune narratrice sont à combler par le lecteur.
On a envie de dire à l’héroïne de fuir, de ne pas faire ce que les adultes lui demandent, de ne pas avoir pour fardeau leur manque de courage. On a la chair de poule de voir se rejouer la tragédie des contes, l’inéluctable destin vers lequel semble se diriger le personnage et notre impuissance à lui venir en aide. Comment faire sortir Malvina de son silence ?
On rencontre Malvina à l’orée de ses 14 ans, dans ce passage de l’enfant à l’adolescent.
Sa meilleure amie, celle avec qui elle peut être insouciante, est partie et elle est donc seule le temps de ces vacances de Pâques, qui s’étirent pour elle en 14 journées interminables, rythmées par l’inévitable visite au Loup… Pardon, à son grand-père !
« L’hiver est fini. Sur une poutre, un merle chante le soir. Le jour est tombé, le monde est plein de dangers. J’aimerai m’endormir, m’endormir pour toujours. »
A vélo, Malvina décide de fermer les yeux pour suivre la route qui la mène chez lui.
Elle se met des œillères, tout comme les adultes autour d’elle, qui ferment les yeux car ils ne veulent pas voir.
Ce que vit la jeune fille les dérange et remet en cause le confort de leur petit vie bien réglée.
« Je plisse les yeux. Par la fente, je vois confusément s’approcher les lumières des feux comme des bougies de Noël. Les maisons défilent à ma droite et à ma gauche. Quelqu’un crie quelque chose, quelqu’un qui est sur le bas côté entre les voitures et qui me fait signe. Bien sûr, je ne vois qu’une tâche bleue et floue, rien d’autre, mais j’entends qu’on m’appelle.
-Hé, Petit Chaperon rouge ! »
C’est dans ces confrontations que le drame de la jeune fille se noue, elle doit lutter, imposer ses limites et ne pas oublier ses droits.
Pourquoi personne ne comprend ses appels à l’aide ? Elle est seule face un père sourd à ses tentatives de dialogue, une mère absente et réfugiée dans sa maladie, un frère et une sœur fuyant la morosité familiale.
Seule face à ses souvenirs qui la rattrapent chaque jour un peu plus et nous font découvrir l’étendue du drame, Malvina lutte, affronte ses peurs, le poids de la culpabilité pour faire entendre son cri.
Tout pourrait paraître bien noir dans ce roman mais ce qui fait sa force, c’est que malgré l’implacable noirceur de certains personnages, leur égoïsme, l’héroïne fait, sur son chemin, de belles rencontres.
Des rencontres qui vont éclairer sa vie, lui permettre de s’affirmer et de redonner tout son sens à son prénom, « Malvina, la gardienne du droit ».
Le cri du petit chaperon rouge
Par Beate Teresa Hanika /Isabelle Enderlein (Traducteur)
Alice éditions – coll Tertio – 14,50 euros
Pour prolonger la lecture miss Lydie, Docusoupialiste vous conseille :
« Une faim de loup: lecture du petit chaperon rouge » d’Anne Marie Garat- Actes sud- Babel
« Le petit chaperon rouge ou la petite fille aux habits de fer blanc » par Jean Jacques Fdida et illustré par Régis Lejonc- Didier Jeunesse
« Un petit chaperon rouge » de Marjolaine Leray- Actes sud junior
« Le petit chaperon rouge » de Rascal-ecole des loisirs- Pastel
Une version du célèbre conte rouge et noir toute de pixels vêtue.
« Le petit chaperon rouge » d’après l’oeuvre de Charles Perrault illustré par Christian Roux- Seuil Jeunesse
« Le petit chaperon rouge et ce qu’il advint dans le ventre du loup » Perrault-Amoretti-Alwett- Editions Soleil
« Petits chaperons loups » de Christian Bruel et Nicole Claveloux- Editions être- Collection Vis-à-vis
« Le petit chaperon rouge » de Joel Pommerat- Heyoka jeunesse-Actes sud papiers (théatre)
« les histoires du Petit chaperon rouge racontée dans le monde » par Fabienne Morel et Gilles Bizouerne- illustrées par Julia Wauters- Syros- Collection le tour du monde d’un conte.
On peut applaudir Lydie !!! Pour une première chronique, j’sais pas ce que vous en pensez mais moi… non seulement ça me donne envie mais en plus, elle aide bien plus d’une personne pour travailler autour du fameux conte. BRAVO ! (clap clap clap)
