
Il y a des livres qu’on aime dès les premières lignes. Parce qu’ils nous parlent, nous touchent, nous font rire. "Angèle, ma Babayaga de Kerménéven" fait définitivement partie de ceux-là. C’est un petit roman absolument savoureux. Une écriture souple et franchement drôle qui nous déroule une histoire des plus émouvantes.
Pour ceux qui ont en on connu au moins une, on a tous un souvenir particulier de nos grands-mères. Petits, on se façonne une image d’elles, parfois réalistes, parfois fantasmées…
Nathanaël lui, est terrorisé par la sienne depuis sa plus tendre enfance. Elle vit en Bretagne et c’est pour lui un calvaire d’y passer une semaine de vacances par an. Elle est visiblement à l’origine de ses premières terreurs nocturnes, et entretient encore aujourd’hui une relation plutôt terrifiante. Enfin, c’est Nathanaël qui le dit hein ? Parce que son petit frère Max voue à Mémère Angèle une adoration sans bornes, ce qui a le don de l’interloquer copieusement.
Je ne me risquerai point à vous en raconter plus (bon ok j’ai quand même quasiment rien dit), parce que chaque page se découvre et se savoure sans l’aide de qui que ce soit. A mettre dans toutes les mains à partir de 9-10 ans, Un très joli texte, super rigolo, toujours sur le fil de l’émotion, et qui nous rappelle à quel point le regard des enfants est différent du nôtre, et qu’il est vraiment… précieux
Un petit extrait pour vous donner une petite idée de la justesse des mots de Richard Couaillet :
Je me suis enfoncé dans mon coin de la voiture en essayant de dénouer la grosse boule qui grossissait en travers de ma gorge. Papa a prit le volant, Mana s’est assise entre Max et moi. Elle a tenu mon petit frère serré contre elle tout le temps de la route. Elle le berçait tout doucement. Je pense qu’elle se berçait aussi pour ne plus pleurer. Finalement, il n’y a pas d’âge pour ça.
Un autre extrait, au tout début quand Max se trouve une passion pour la dissection animalière (et après que sa Maman ne découvre le spectacle de ces animaux, gisants sur la table d’opération de la cuisine) :
A la fin de sa punition (au bout d’un jour et demi grâce à Mémère Angèle), Max s’est installé à table et a juste dit avant la première bouchée :
- Vous comprendrez quand je serai médecin légiste.
Sans mentir, Maman a fait "gloups" en s’étranglant. Elle a juste trouvé assez d’air pour lui répondre :
- Tu plaisantes ? Tu veux encore être puni ?
- Non, c’est la vérité, a t-il répondu calmement. Si on vous tue un jour, vous serez bien contents que je vous ouvre pour découvrir comment vous êtes morts.
Papa a regardé Maman en silence avant d’ajouter en souriant ;
- C’est vrai, nous sommes tes parents, tu pourras au moins faire ça pour nous.
Angèle, ma Babayaga de Kerménéven – Richard Couaillet (avec les superbes illustrations d’Anne Laval)
Actes Sud Junior – Collection Cadet – 7 Euros











