
Human being (c) Frank Chimero
Il pleut aujourd’hui, et je tiens à dire que les conditions météorologiques ne sont pour rien à ce qui va suivre (dit-il en essayant de le faire croire à tout le monde en commençant par lui-même). J’écris maintenant ce que je rumine depuis quelques jours déjà, et je vais m’efforcer d’être simple et concis, d’autant que j’ai pas mal de choses à dire.
Tout a commencé lorsque Mel m’a fait la lecture de certains événements qui m’ont fait hérisser les quelques cheveux qui me restent sur le crane. Je commençais déjà à exprimer mon mécontentement à travers une série de râlements "justifiés" (je dis ça parce j’ai une véritable propension à râler quotidiennement). C’est moi qui écrirait ce billet, car j’ai senti Mel un peu trop tendue pour aborder les choses sans trop de véhémences. Mais elle n’en pense moins, bien loin de là…
Il est des pratiques que je trouve assez scandaleuses, même si elles ne relèvent que de la banalité, mais qui pour moi oeuvrent à tirer le niveau de notre société vers le bas. Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire état ici de mes opinions politiques ou religieuses (d’autant qu’elles n’intéresseront personne), je ne vous raconterai pas non plus comment les distributeurs s’éclatent à nous mettre des batons dans les roues (nos amis flibustiers de Contrebandes vous expliqueront ça très très bien). Non non, je vous parlerai simplement de pratiques professionnelles et commerciales que je commence à trouver un peu douteuses…
Tout d’abord, et pour parler d’abord de la partie "en amont" de la profession, je me dois d’avouer ici maintenant la vérité suivante : Il y a des fournisseurs que je ne peux plus voir en peinture.
- Pas parce que leurs produits sont fabriqués en Chine, dans des conditions qui nous sont parfaitement opaques,
- Pas parce qu’ils nous font des conditions exorbitantes et complètement dénuées d’échelle de réalité,
- Pas parce qu’ils commencent à implanter les grandes surfaces avec leurs rayons,
- Pas parce nous recevons toujours leurs commandes avec X jours (semaines ?) de retard, et avec de nombreux produits manquants,
- Pas parce qu’ils ont une politique commerciale des plus agressives, et de nombreuses créations de produits "empruntées" à des concurrents,
Et non, malgré toutes ces raisons, nous avons jusqu’à présent toujours continué de travailler avec eux…
Nous ne travaillerons plus avec eux, car ils ne respectent pas les gens qui travaillent POUR eux, des gens qui ont fait de leur entreprise ce qu’elle est aujourd’hui.
Je ne citerai AUCUN nom, les personnes blâmées se reconnaitront peut-être en passant par là, et c’est déjà suffisant.
Je dois dire que j’ai vraiment beaucoup de mal à comprendre comment une entreprise florissante, qui prospère commercialement, réduit la rémunération des gens qui travaillent pour elle au fur et à mesure qu’elle croît. Quelqu’un peut m’expliquer ? Il me semblait (comme au pays des bisounours) que lorsqu’une société commençait à bien marcher, elle en faisait profiter tout ceux qui ont participé à sa réussite. Mais ma naïveté légendaire a du m’aiguiller sur le mauvais train…
Je terminerai en remerciant du fond du coeur les artistes et les créateurs avec qui nous travaillons. Parce qu’ils mettent leur coeur et leurs tripes à l’ouvrage, et partagent avec nous des choses infiniment personnelles, même si on ne le voit pas au premier abord. Parce qu’ils nous donnent à nous, libraires jeunesse, la matière pour transmettre cette passion à des gens qui la recevront avec, nous l’espérons, la même passion. Parce qu’en dehors de l’arsenal commercial des hypermarchés et de la grande distribution, il existe des "petits" éditeurs, de jeunes créateurs indépendants, qui nous font découvrir des trésors d’imagination, de véritables petits (et grands) bonheurs quotidiens, malgré une précarité parfois difficile à gérer. Je ne veux pas faire ici de portrait diabolique et à l’emporte pièce de cette logique commerciale, et tous les petits éditeurs ne sont pas dans ce cas là. Mais ces derniers s’efforcent toujours de privilégier une valeur primordiale et irremplaçable : l’humain. Et cette valeur s’applique à tous les niveaux de notre profession, que l’on soit éditeur, auteur, illustrateur, bibliothécaire, libraire, représentant, ou même stagiaire (je fais allusion à certaines pratiques que je trouve particulièrement détestables, car tout stage doit être rémunéré, même à une toute petite échelle).
Et puis merci aussi à nos clients, à toutes celles et ceux qui nous suivent, de près ou de loin, qui nous font oublier ces petits et grands tracas du quotidien et qui me font terminer ce billet sur une note positive, qui nous mettent plein d’étoiles dans la tête, et qui nous confortent tous les jours dans le choix de cette merveilleuse profession, malgré tout
N’oublie jamais tes rêves d’enfant
(Séverine Thévenet)